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AVERTISSEMENT : les informations ci-dessous reflètent uniquement la compréhension et les croyances de l'auteur. Elles ne se substituent pas à un avis médical ni à un traitement médical, et ne peuvent remplacer une consultation auprès d'un professionnel de santé agréé. Ces informations ne sauraient être interprétées comme des recommandations en faveur ou en défaveur d'un traitement ou d'un produit quels qu'ils soient. Pour tous problèmes de santé, veuillez consulter un médecin. Le travail nous rend-il vraiment malades ? (La Qualité de Vie au Travail 1/2)"Le travail c'est la santé, rien faire c'est la conserver, les prisonniers du boulot n'font pas de vieux os." (Henri Salvador, 1965)Si cette chanson populaire caricature la condition de l'homo faber, la santé des travailleurs semble effectivement susciter des interrogations. En 2016, 68 % des actifs déclarent connaître un ou plusieurs problèmes de santé chronique, parmi les plus souvent cités on trouve : le stress et l’anxiété (30 %), les problèmes de dos (26 %) et les maux de tête ou migraines (24 %). Les actifs semblent être de plus en plus fréquemment touchés par les troubles musculosquelettiques, l'hypertension, les ulcères, les perturbations immunologiques, et les affections cardio-vasculaires. Cette souffrance ne semble pas être spécifique aux travailleurs, mais plutôt une tendance générale : 5% de la population sont concernés par la dépression, et 1 adulte sur 5 sera atteint de troubles anxieux au moins une fois dans sa vie. Certains chercheurs comme Yvan Erbs parlent même d'une explosion pandémique globale concernant les maladies cardiovasculaires, le diabète, les cancers, l'ostéoporose, et la dépression qui toucherait à elle seule 340 millions de personnes dans le monde. Si notre société elle-même est source d'un certain mal-être, cette souffrance ressort d'autant plus fortement chez ceux qui sont soumis à de plus fortes sollicitations : les travailleurs. La souffrance au travail, une problématique récente ?![]() Les autorités sanitaires, les commissions d'enquête industrielles, les inspecteurs de fabriques ne cessent de répéter que ces 150 m3 [d'air disponible par ouvrier] sont nécessaires et qu'il est impossible de les imposer au capital. Ainsi font-ils explicitement de la phtisie et d'autres maladies pulmonaires dues au travail une condition de vie du capital. [...]Y a-t-il eu une réelle amélioration de fond depuis ces temps obscurs ? Il y a un parallèle étonnant avec ce que dénoncent aujourd'hui les actifs et les professionnels de santé. Enfonçant définitivement le clou, Marx cite le journal Morning Star du 23 juin 1863, le journal des industriels partisans du libre échange : On fait travailler nos esclaves blancs à leur tombeau, ils s'épuisent et meurent sans tambour ni trompettes. Des problèmes de santé physiqueLes problèmes de santé physique induits par le travail sont essentiellement dus à l'exposition à des substances nocives, et à des positions gênantes et mouvements violents appliqués au corps, comme l'avait analysé le médecin italien Bernardo Ramazzini en 1700. Aujourd'hui, le nombre de maladies professionnelles a presque doublé en 10 ans, et le nombre d'accidents du travail est en légère baisse depuis plus de 20 ans.![]()
Des troubles psychologiquesLes troubles psychologiques engendrés par le travail, ou encore RPS pour « risques psychosociaux », sont de plus en plus répandus depuis. De 2001 à 2009, sur les 47 768 pathologies ayant un lien possible avec le travail, 22 % sont des "troubles mentaux et du comportement". En 2015, le nombre de cas de souffrance au travail a été estimé à 490 000 (3% des femmes, 1% des hommes).Parmi les différents « risques psychosociaux », on distingue : ![]()
La démarche "QVT" va-t-elle répondre à une souffrance de plus en plus présente ?La première loi mentionnant un devoir de prévention en matière d'hygiène et de sécurité au travail date de 1893. Le Code du Travail actuel mentionne que l’employeur doit veiller à la sécurité et à la santé des salariés, et que de plus les salariés doivent veiller à leur propre santé et à celle de leurs collègues :Les employeurs sont tenus de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés. (articles L4121-1 et L4121-2).Le texte de loi semble suffisamment clair pour assurer une bonne santé au travail, il serait simplement nécessaire de l'appliquer pour que les troubles actuels disparaissent. En regard de la situation sanitaire actuelle au travail, on pourrait ainsi attendre de la démarche "Qualité de Vie au Travail" (QVT) qu'elle renforce l'application de cette loi en réduisant l'impact sanitaire et la pénibilité du travail sur les salariés dans le but d'améliorer leur santé. La démarche "QVT"La démarche "QVT" est un processus au sein de l'entreprise défini par le texte de l'Accord National Interprofessionnel du 19 juin 2013 sur la Qualité de Vie au Travail (ANI) qui s'attache à améliorer les aspects sociaux et économiques de l'activité de l'entreprise :La qualité de vie au travail désigne et regroupe sous un même intitulé les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises, d’autant plus quand leurs organisations se transforment. De ce fait, la question du travail fait partie intégrante des objectifs stratégiques de l’entreprise et doit être prise en compte dans son fonctionnement quotidien afin, notamment, d’anticiper les conséquences des mutations économiques. ![]() Les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail et leur capacité à s’exprimer et à agir sur le contenu de celui-ci déterminent la perception de la qualité de vie au travail. [...]L'enjeu n'est donc pas la QVT elle-même, mais bien la perception de la QVT pour conserver les performances économiques. Performances économiques qui semblent pourtant satisfaisantes, sachant que le volume des dividendes versés aux actionnaires des entreprises du CAC40 a augmenté de 44% entre 2010 et 2017. Les priorités sont mises par l'ANI sur la discrimination et l'égalité professionnelle, l'évolution des "conditions de mise en oeuvre de la qualité de vie au travail" (?), à l'aide d'indicateurs de perception des salariés, d'indicateur de fonctionnement, d'indicateur de santé au travail, et aussi faire de son mieux pour favoriser l’expression directe des salariés. L'intention est bien de parler et d'agiter des dispositifs bureaucratiques plus que d'agir concrètement, le but est de favoriser la performance économique pour les entreprises en enrobant le tout dans une belle couche de novlangue administrative. Les suicides au travail des policiers, les burn-out des infirmières, les hommes et femmes que leur travail a handicapés, le mal-être des salariés en général sont-ils vraiment dus à un manque de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle ? Sont-ils vraiment imputables à l'inégalité hommes-femmes au travail ? La QVT du travailleur va-t-elle être améliorée d'une quelconque façon par des diagnostics, indicateurs, "sensibilisation sur le bon usage des technologies de l'information et de la communication" et autres procédés administratifs ? L'Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT) a bien identifié ce flou dans la définition de la QVT, concept flou évoluant entre bien-être au travail et optimisation d'efficacité : L’intérêt pour la Qualité de Vie au Travail (QVT) en France [...] prend sa source dans un ensemble de facteurs qui présentent autant de risques que d’opportunités. Ces risques ont trait à un « rabattement » de la QVT à une vague notion de bien-être au travail, de « confort », qui serait atteint par l’intermédiaire de dispositifs favorisant l’adéquation entre les attentes individuelles et les programmes RH de « promotion de la santé ». Les opportunités renvoient au développement du potentiel d’efficacité au travail, d’innovation organisationnelle et au renforcement de la prévention primaire dans l’entreprise.Trois axes majeurs de la démarche QVT sont identifiés par l’ANACT : les conditions de travail (environnement de travail, condition d'emploi, conditions de vie extraprofessionnelle), la capacité à s’exprimer et agir (participation, partenariat social, soutien managérial, soutien de collectifs), et le contenu du travail (autonomie, valeur du travail, apprentissage, complétude des tâches réalisées). Que faut-il faire pour se sentir vraiment mieux au travail ? Changer la structure de l'entreprise ? Attendre une amélioration de la situation économique et du marché pour qu'il y ait moins de pression sur la rentabilité et donc sur les salariés ? Attendre une législation établissant un meilleur partage des richesses ? Un certain nombre de paramètres échappent de même à notre contrôle et sont plus ou moins invariables : l'environnement physique de travail (open space, usine, ...), le rythme de travail, le public auquel on s'adresse, les collègues de travail, ... Pour finir, la démarche "QVT" recommandée par l'ANI peut elle-même augmenter la pénibilité du travail en rajoutant des réunions, des procédures et des contrôles, et vider un peu plus de son sens l'activité du salarié moderne. Les solutions ordinairement proposées pour améliorer la QVTLes solutions mises en oeuvre pour améliorer la qualité de vie au travail sont généralement collectives : adaptation de l'environnement de travail et formation des acteurs de l'entreprise. Pour les troubles musculosquelettiques (TMS), il s'agit de modifier l'ergonomie des postes, en adaptant le travail, les outils et l’environnement à l'humain pour réduire les positions et mouvements pénibles. En ce qui concerne les risques psychosociaux (RPS), les recommandations sont généralement la formation-sensibilisation aux RPS des managers et de tous les salariés, pour prévenir leur survenue et y faire face efficacement. Pour traiter les TMS et les RPS il est aussi proposé des pratiques individuelles de relaxation et de distanciation : activité physique, relaxation musculaire, cohérence cardiaque, méditation de pleine conscience, psychothérapie, voir prise de médicaments.Selon les cas, une solution de fond consiste à repenser l'organisation de l'entreprise pour améliorer les conditions de travail et accroître le bien-être et le bonheur au travail. Il s'agit alors de faire passer l’humain en premier, par exemple en choisissant un mode de management participatif, ou en optant pour un statut de SCOP ou de SCIC. Il est aussi possible de choisir des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), ou de se lancer dans l'intrapreneuriat pour donner du sens à l'activité et faire passer l'utilité sociale avant la performance économique. ![]() Autre innovation pour l'entreprise, le système Holacracy est une « technologie managériale » qui permet de changer radicalement la façon de travailler, en rendant le travailleur souverain de sa fonction et en donnant une transparence totale aux activités de l'ensemble de l'entreprise. Le but est d'apporter beaucoup plus de structure pour canaliser les énergies et les compétences. Holacracy est un outil de structuration qui organise le travail et non les personnes, et qui aide à la responsabilisation et à la coopération au service de la raison d'être de l'entreprise. Ce n'est plus un acteur donné qui décide, mais c'est la raison d'être qui pilote les décisions et la gouvernance. Il n'y a plus de chefs ni de subordonnés, les mêmes règles s'appliquant pour tous autour du principe "c'est celui qui fait qui sait et qui va gouverner ses activités". Avec Holacracy, les rôles fonctionnels sont découplés des acteurs qui tiennent ces rôles, ce qui change tout aux rapports humains. Le fonctionnement est assuré par la tenue régulière de différents types de réunions, qui sont très structurées pour être le plus efficaces et le plus courtes possibles. Chaque salarié a ainsi une autonomie importante et une responsabilité totale de son travail, tout en restant en connexion forte avec les autres rôles en lien avec ceux qu'il assure. Les rapports humains entre salariés ne viennent pas entraver la coopération professionnelle, et les problèmes rencontrés au travail n'impactent pas les relations humaines : la QVT s'en trouve ainsi nettement améliorée. Et l'efficacité globale de l'entreprise est nettement augmentée. Ces solutions ordinairement adoptées ont un degré d'efficacité qui peut être spectaculaire, mais elles nécessitent souvent un changement important, souvent collectif, ou une réorganisation touchant parfois toute l'entreprise, et demandent du temps et des ressources. En attendant ces améliorations collectives bénéfiques, que peut faire individuellement le salarié pour améliorer sa propre QVT rapidement ? Puisqu'il n'est pas facile d'avoir un levier direct d'action pour modifier les conditions extérieures du salarié, il est important d'essayer de changer concrètement ce qui lui est directement accessible. Suite : Vivre mieux pour mieux vivre son travail (La QVT 2/2) |
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